Sonia Bühler est une artiste plasticienne autodidacte. Elle développe une œuvre sensible et engagée où l’ombre, la lumière et le mouvement occupent une place centrale. Sa pratique, à la croisée de plusieurs disciplines, s’articule autour de la sculpture, de la peinture, de la photographie. En quête constante d’un langage visuel capable de révéler l’invisible, elle compose des univers qui oscillent entre abstraction et narration, matière et absence, réalité et surréalité.

Son parcours artistique s’enracine dans une vie marquée par les voyages, l’errance volontaire et les rencontres avec des milieux alternatifs. Après un passage marquant dans le Berlin d’avant la chute du Mur, elle s’immerge dans des contextes variés qui nourrissent une réflexion profonde sur l’humain, la liberté et la transformation. L’art devient rapidement pour elle une nécessité vitale, un axe existentiel. Son atelier, véritable sanctuaire de réflexion, est le lieu d’une exploration intérieure où se mêlent intuition, expérimentation et silence.

En 2014, un tournant s’opère : elle découvre le feu comme matière créatrice à travers la soudure. Cette rencontre donne naissance à un nouveau geste artistique. Elle perce, tord, assemble des tubes de cheminée, détourne des objets en sculptures lumineuses. La flamme devient outil de sculpture, révélateur de formes et d’énergies, jusqu’à la création en 2021 de sa marque Art’SoRa, dédiée à ces œuvres nées du feu. Elle explore également la création de lampe en fil de fer barbelé où détournant cet objet de sa fonction première, elle le transmute en lui associant des sources de lumières. Le fil de fer barbelé se métamorphose grâce à la lumière, traçant de délicats chemins de douceur qui apparaissent sur les murs.

Parallèlement, elle poursuit une recherche autour du papier, de la peinture et de la photographie. Mais loin de se revendiquer photographe, Sonia Bühler utilise l’image comme un médium plastique parmi d’autres, dans une logique de fusion. Elle crée ce qu’elle nomme des tableaux photographiques, des compositions hybrides où se rencontrent peintures, photographies de lieux, de moments, d’arbres, dessins et sculptures. Ce processus en deux temps – création picturale, puis prise de vue photographique, puis assemblage avec l’outil informatique– lui permet de construire une narration visuelle à plusieurs strates, un collage poétique qui joue avec les frontières entre disciplines. C’est à travers cette technique qu’elle raconte des histoires nuancées, personnelles ou collectives, tout en explorant la mémoire, le rêve et l’inconscient.

L’ombre est aujourd’hui au cœur de sa recherche. Plus qu’un effet de lumière, elle devient pour elle une vibration, une trace, une présence floue mais puissante. Elle voit dans l’ombre un langage émotionnel, un passage vers un monde intérieur. Dans la performance/installation  » de l’Ombre à la Lumière », elle ne montre plus les sculptures elles-mêmes, mais uniquement leurs ombres projetées sur un mur. Cette disparition du corps au profit de sa trace lumineuse trouble la perception, déplace le regard, et invite à interroger la relation entre l’œuvre et son reflet, entre soi et ses zones d’ombre.

Dans cette démarche, Sonia Bühler ne cherche pas à séduire par l’esthétique. Elle cherche à déstabiliser doucement, à ouvrir un espace de résonance, où chacun peut entrer en relation avec ses propres paysages intérieurs. Influencée par les maîtres du surréalisme – Giacometti pour sa fragilité essentielle, Dali pour son absurdité organique – elle s’inscrit dans un courant de pensée où l’art n’est pas une fin mais un passage. Elle est aussi habitée par des figures tutélaires non identifiées, des présences invisibles qui guident sa main autant que son intuition.

À travers la lumière, l’ombre et le mouvement, Sonia Bühler bâtit un langage plastique profondément personnel, qui cherche moins à représenter le monde qu’à le réinventer. Un monde plus fluide, plus ambigu, plus vivant – où l’imaginaire reprend ses droits et où l’invisible devient matière.

Presse

L'Omnibus - 31.01.2025
La Région - 03.12.2024
Le Journal de Saint-Croix - 01.11.2023
La Région - 31.10.2023